« Dans les foyers africains, l’arme du 7ème art » (Le Monde du 20 juin 2012)

Article de Véronique Cohen, paru dans les pages « Culture » du Monde du 20 juin 2012.

Cliquez ici pour lire l’article directement sur le site du Monde

par Véronique Cohen

France Inter – « Un festival contre les préjugés » (13 juin 2012)

Chronique de Brigitte Patient, aussi à écouter directement sur le site de France Inter

par Brigitte Patient
du lundi au vendredi de 5h45 à 5h47

visuel Une idée pour agir

l’émission du mercredi 13 juin 2012

Un festival contre les préjugés

Une association organise un festival de cinéma dans les foyers de travailleurs migrants d’Île-de-France, faisant exister ces lieux souvent invisibles.

Suivant le mouvement de refonte de l’ethnologie française, Marc Augé publiait en 1992 Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité (1). L’auteur y dressait un panorama saisissant de ces « non-lieux », dépourvus d’identité et de visibilité, lieux de transit et de passage, où les individus se croisent et s’ignorent.

C’est à partir de ce constat que les membres de l’association « Attention chantier », journalistes, sociologues ou cinéastes, organisent depuis quatre ans un festival de cinéma tous les week-ends de juin, dans un de ces « non-lieux », les foyers de travailleurs migrants d’Île-de-France. Entre projections et rencontres d’acteurs associatifs, débats et témoignages, l’idée est à la fois de réinsérer les migrants dans les quartiers où ils habitent mais également de rendre visibles ces espaces dont l’existence est bien souvent ignorée. Le festival met en valeur le cinéma africain, qu’il soit l’œuvre de ceux qui ont migré ou de ceux qui sont restés au pays. Par exemple, Little Senegal, un des premiers longs métrages de Rachid Bouchareb – réalisateur du film Indigènes –, a été diffusé le 9 juin au Foyer des Amandiers dans le 20e arrondissement de Paris. Grande innovation de cette édition, la radio des foyers enregistre les interventions des uns et des autres, en vue de faire partager, grâce à Internet, l’ambiance du festival aux amis et à la famille qui n’ont pas pu venir, ou qui habitent au pays.

Outre cette manifestation estivale, Attention chantier organise toute l’année expositions photos et projections, en plein air et en salles, de films dans lesquels ceux qui peuplent ces foyers tiennent les premiers rôles. L’association offre enfin ses services pour l’organisation d’événements autour du cinéma ou de la photo et en appelle aux bonnes volontés pour perpétuer son action.

Tomas STATIUS

(1) Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Seuil, 1992.

CONTACT : www.attentionchantier.org

 

Une idée pour agir

« Mettre en avant des projets, des initiatives qui changent le quotidien … en mieux ! »

En partenariat avec La Croix

La croix © Radio France – 2012 

« Ciné au coeur du foyer » – Libération (7 juin 2012)

Cliquez ici pour lire l’article sur le site de Libération

Libération (7 juin 2012)

« Ciné au coeur du foyer »

Radio Bissap : une radio en chantier

Redonner de la voix aux travailleurs migrants par la création de leur propre média, voilà le dernier projet en date d’Attention Chantier.

La Radio des Foyers se veut être une web radio éphémère qui prend racine dans un foyer de travailleurs migrants parisien. Deux fois par mois, les résidents, l’équipe d’Attention Chantier et acteurs associatifs s’y retrouvent pour faire vivre cette radio jusqu’au continent africain.

Si le web va permettre de briser des tabous avec leurs familles d’origine sur le mythe de l’eldorado européen, l’implantation au sein du foyer a pour objectif la rencontre entre les riverains, les acteurs locaux ; une rencontre par l’expression, le débat.

Attention Chantier recherche les fonds nécessaires pour faire vivre ce projet et à terme pouvoir aussi être diffusé sur les ondes.

Pendant le Festival

En attendant que le studio prenne forme, le micro de la radio fait ses premiers pas pendant le Festival de ciné des foyers et enregistre à la fois les ambiances et les témoignages des festivaliers, résidents ou non des foyers. Par une blague, une chanson, un long entretien, ils ont tous une vie à raconter, un avis à donner, une idée à émettre.  Le festival se veut être un tremplin pour sensibiliser les résidents et les festivaliers à l’intérêt d’une radio pour faire entendre la voix des laisser pour compte. Après un mois d’enregistrements chaque week-end, un premier pilote va pouvoir être  produit et diffusé. En attendant le studio radio ambulant…

Donner de la voix aux Hommes au foyer

Non dits, tabous, préjugés font qu’il est rare qu’on passe la porte des foyers. Ces énormes bâtiments construits à partir années 1960 accueillent pourtant une vie qui fait bien partie de la France. Ils travaillent en France, y vivent depuis des dizaines d’années pour certains et y payent leurs impôts. Ils sont étudiants depuis quelques mois pour d’autres et on les entend peu. Surtout pas dans les urnes, puisque la plupart des travailleurs migrants n’ont pas le droit de voter.

Pourtant, leur situation mérite qu’on s’y attarde : les foyers sont souvent dans un état insalubre, ce qui multiplie les discriminations dont sont victimes leurs habitants. Discrimination raciales, xénophobie, chômage, mal-logement, précarité sanitaire constituent le lot d’exclusions dont sont victimes de nombreux résidents en foyer.

La radio des foyers c’est :

> permettre à des “sans-voix” de réintégrer l’espace public dont ils sont exclus en s’exprimant publiquement
> créer un lien social entre les habitants des foyers et les habitants du quartier qui peuvent participer
> créer un lien entre les résidents et la population via la diffusion web des débats, prises de parole, ambiance, etc.
> créer une autre relation entre les migrants en France et leur pays d’origine, en créant un média transméditerranéeen
> impliquer les habitants dans la découverte d’un moyen d’expression qui devient le leur

 

Vous souhaitez en savoir plus sur le projet : elise.aubry.leclerc@gmail.com

 

L’édition 2012 du festival des foyers est lancée !

Sortez la sono, hissez le grand écran, installez le studio photo, le festival commence ! Après un grand match de foot de soutien au collectif de Sans-papiers du 17e, Attention Chantier a le plaisir de revenir au foyer St Just à porte de Clichy.

Dans ce foyer, après quatre ans de festival, deux ateliers vidéo et un grand nombre de ciné-foyers, nous sommes un peu comme en famille. Retrouvailles de vieux amis, projections de films réalisés ensemble… Après un bon thiep, nous entamons l’après-midi par quelques films sur le collectif de Sans-papiers, suivis d’un débat sur un thème d’actualité : « Quelles perspectives pour les droits des migrants avec la nouvelle donne politique ? »

Le débat est animé par Abdoulaye Ly, porte-parole du collectif, et Xavier Duchaussoy, membre d’Attention Chantier et du comité de soutien unitaire du CSP. Si le départ de Sarkozy est un soulagement pour tous, tout le monde sait bien que le combat est loin d’être gagné. Des membres de la Ligue des Droits de l’Homme, de Droits Devant !!, du Copaf et du comité de résidents interviennent et chacun apporte sa pierre à la réflexion collective.

Pendant ce temps, le studio photo du Cinéma Numérique Ambulant enchaîne les prises de vue. Les festivaliers font la queue pour se faire prendre en photo à la manière des grands portraitistes africians Malik Sidibé et Seydou Keita. En plus, on peut repartir avec la photo !

Grande innovation de cette édition, la radio des foyers enregistre les interventions des uns et des autres, en vue de faire partager, grâce à internet, l’ambiance du festival aux amis et à la famille qui n’ont pas pu venir, ou qui habitent au pays.

Le soir, nous découvrons avec émotion le clip « Cher Papa », réalisé par l’atelier vidéo animé par le collectif Tribudom avec quatre volontaires du foyer. Le slammeur Adama Camara « Inthy » livre un message poignant sur la difficulté de vivre ici quand notre famille restée au pays s’imagine que tout nous est facile.

Après une rediffusion des instants marquants du match de la veille, c’est le grand film du soir, « Un pas en avant, les dessous de la corruption », de Sylvestre Amoussou, qui nous a fait l’honneur de venir lui-même présenter son film. A partir de l’histoire d’un petit épicier qui met le doigt dans un trafic de détournement d’aide humanitaire, ce long-métrage a achevé admirablement la journée avec cette conclusion lourde de sens : « occupe-toi de politique, sinon c’est elle qui s’occupera de toi ! »

A très bientôt sur les prochaines dates du festival !

Voir le programme

Edito du Festival 2012

Mon frère, ma soeur,

Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus. Même si nous pensons bien l’un à l’autre, la distance qui nous sépare fait que parfois nous avons du mal à nous comprendre. Le contexte économique, culturel, politique, est si différent là-bas qu’on a du mal à se l’imaginer quand on est ici. Comment parler de nos combats au quotidien ? Comment
expliquer que les choses ici ont leur propre rythme, qu’ici les règles ne sont pas les mêmes ? Nous avons beau être de la même famille, par la force des choses nous sommes devenus des étrangers l’un à l’autre. Cette différence est une richesse, bien entendu. Mais cela implique de prendre le temps de se parler, de s’expliquer, de s’écouter, de se découvrir.

C’est aussi à cela que sert le Festival de Cinéma dans les Foyers : projeter à Paris des films réalisés dans les villages d’Afrique, ou des films qui parlent de la vie des immigrés en France ou ailleurs, puis participer à des débats pour échanger nos points de vue. Apprendre à réaliser des films là où l’on est, pour les envoyer à des milliers de kilomètres pour nos proches, n’est-ce pas la meilleure façon de donner à voir ce qui fait notre quotidien ? Cela ne remplace pas l’expérience de voyage, mais cela permet d’en dire plus et différemment que par un simple coup de téléphone ou quelques photographies.

A l’heure où l’Afrique est soulevée par des révolutions effrénées, à l’heure où la France vote pour modifier son destin, transportons-nous, à travers l’écran de cinéma, de pays en pays, à la rencontre de ceux qui vivent là-bas. Faisons circuler les images et les paroles dans nos correspondances…

Bon festival !