Foyers : le ciné pour avoir droit de cité (Libération, 24/12/2010)

Culture Le 24 décembre 2010 à 0h00

(Le Libé des solutions) Projections. Une association parisienne ouvre les centres de travailleurs migrants sur leurs quartiers.

Par JÉRÔME BERTIN

C’est pour rompre l’isolement qui sévit dans les foyers de travailleurs migrants que l’association Attention Chantier a décidé d’organiser, à Paris, un festival de cinéma. Créée en 2006 par une journaliste, un réalisateur et une étudiante en développement local, l’association avait déjà mis en place des ateliers vidéo dans les quartiers populaires de Stains ou Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Avec le Festival de cinéma dans les foyers, dont la deuxième édition s’est déroulée en juin, il s’agit de permettre des rencontres entre résidents et habitants du quartier, de créer des liens de solidarité et de dépasser la méfiance réciproque.

Enthousiasme. Adeline Gonin, présidente de l’association, reconnaît qu’«au début, cela a été difficile. Les gens nous regardaient un peu comme des allumés. Mais quand tout le monde s’est retrouvé devant le grand écran qu’on a installé au milieu de la rue, devant le foyer, c’était magique !» Même enthousiasme chez les résidents : «Attention Chantier nous sort un peu de nos tracas quotidiens, et nous permet surtout d’établir des liens avec les habitants et les associations du quartier. C’est important», confirme Mahamadou, résident du foyer Lorraine, dans le XIXe arrondissement.

Le festival, ce sont des films documentaires sur l’Afrique et les migrations, mais aussi des fictions, des débats, des concerts, des repas partagés, des expositions de photos. Parfois, cela provoque des frictions avec les riverains, comme cette dame qui trouvait «scandaleux» qu’on autorise les résidents à faire un concert de jazz dans la cour du foyer un samedi à 15 heures. Lorsqu’elle a compris que la manifestation était soutenue par la mairie de Paris et la Fondation de France, elle a changé d’opinion. Quelques minutes plus tard, elle acceptait un verre de jus de fruit.

En plus du festival, Attention Chantier anime un ciné-club dans un foyer du XVIIe arrondissement, où chaque projection est suivie d’un débat. Et un atelier de réalisation a débouché sur la production d’un court métrage écrit, tourné et monté avec des jeunes sans-papiers du foyer qui n’avaient jamais touché à une caméra.

«Isolement». Fort du succès des éditions précédentes, Attention Chantier veut aller plus loin, comme l’explique Jonathan Duong, salarié de l’association : «Il y a énormément à faire pour sortir les gens de l’isolement dans lequel ils sont maintenus. Cette année, nous prévoyons d’exposer des photos du foyer prises par les résidents.» Toujours pour contribuer à améliorer leur image.

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